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MOT DE LA PRÉSIDENTE

MOT DE LA PRÉSIDENTE

S’inspirer des pratiques de nos voisins...

J’ai eu le privilège de participer aux consultations des États généraux organisées par l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) en 2021. L’une des idées phares était la nécessité de standardisation de la profession donnant l’occasion à toutes et tous d’avoir accès à la même formation. Cette idée était loin de faire l’unanimité, comme toute proposition de changement, d’ailleurs. Mais, selon moi, elle en vaut la peine…

Si vous avez lu mon avant-dernier éditorial : « De Nightingale à nos jours : où en sommes-nous? », il retrace un peu le chemin parcouru par la profession infirmière. En effet, se remémorer son histoire en tant qu’infirmière, (l’emploi du genre féminin est utilisé pour alléger le texte et en faciliter la lecture), nous empêche de sombrer dans l’amnésie historique. Et si l’on croit Nelson (2009), l’amnésie historique est dangereuse. Cet auteur nous rappelle l’importance de l’histoire et sa façon d’enrichir les connaissances en soins infirmiers et l’apprentissage des étudiantes : « Nous devons savoir qui nous sommes si nous avons le moindre espoir de savoir où nous allons » dit-il, (p. 787). Souvenons-nous qu’à l’époque de Nightingale, les soins infirmiers n’étaient pas perçus comme étant respectueux, ni comme une activité censée exiger des compétences ou une formation. « Selon ses mots, les soins infirmiers étaient laissés à ceux qui étaient trop vieux, trop faibles, trop ivres, trop sales, trop stupides ou trop mauvais pour faire autre chose » (Glasper, 2020). Si, aujourd’hui, nous sommes si fières d’être infirmières, c’est principalement à cause des formations acquises pour accéder à ce titre et, surtout, grâce à la reconnaissance de notre statut professionnel. Donc, l’évolution de la profession est indubitablement liée à la formation renouvelée et à ses différentes réformes.

Plusieurs chercheurs ont présenté les soins infirmiers comme un corps unifié et universalisé de praticiens et de pratiques, cherchant à créer une identité professionnelle et une histoire homogène émanant principalement de Florence Nightingale (Toman and Stuart 2004). Selon ces mêmes auteurs, plutôt que d’obtenir des frontières clairement délimitées, il y a eu des changements continus dans la pratique et des négociations perpétuelles entre les praticiens, suggérant fortement que l’art et la science des soins infirmiers sont plus que des tâches spécifiques et des personnes exécutantes. En ce sens, je pense que la profession évoluant constamment, la suite logique est de hisser les standards pour répondre aux besoins de plus en plus complexes de la population. De ce fait, au lieu de présenter une liste de raisons ou d’obstacles pour lesquels toutes les infirmières ne devaient pas obtenir leur baccalauréat pour être acceptées dans la profession au Québec, rappelons-nous notre histoire et l’importance de se poser des questions. Au début, les qualités requises pour exercer cette profession étaient la serviabilité, la générosité et j’en passe. Aujourd’hui, il faut acquérir des connaissances complexes pour la pratiquer. Toutes les provinces du Canada exigent le baccalauréat pour y entrer, sauf le Québec et le Yukon (Universities 2021). Pourquoi ne pas s’inspirer de leurs pratiques? D’autre part, selon Nazon (2020) :

« L’éducation fait partie intégrante des politiques sociales élaborées par l’État. L’expansion du système éducatif et particulièrement de l’enseignement supérieur et la nécessité d’une main-d’œuvre mieux scolarisée représentent un moyen d’amélioration du statut socio-économique des individus et de réduction des risques sociaux pour la population. Le niveau de scolarité et le marché du travail étant étroitement liés, un faible niveau de scolarité peut facilement conduire à des positions précaires sur le marché du travail et à des problèmes sociaux comme la pauvreté, le chômage ou la maladie et, avec les visées de l’État providence, il faut à tout prix miser sur l’éducation afin de se prémunir contre les différents risques et bénéficier de conditions de vie minimales. »

En d’autres termes, plus nous sommes scolarisées, plus notre salaire augmentera. C’est une excellente nouvelle, compte tenu de cette inflation qui n’en finit pas. Au niveau de notre Ordre régional (ORIIM), nous serons là pour vous soutenir financièrement au moyen de bourses pour les études. Vous ne serez pas seules. Nous sommes en train d’améliorer leur processus de demande afin de vous aider à répondre à cet impératif de la profession infirmière du Québec.

D’ailleurs, nous saluons fortement l’initiative du président de l’OIIQ, Luc Mathieu, de rehausser notre profession en proposant le baccalauréat comme norme de porte d’entrée. D’autre part, pendant que le Québec se prépare à accepter le baccalauréat comme norme, les autres provinces du Canada et d’autres pays ayant déjà dépassé ce stade se concentrent sur les nombreux progrès réalisés dans l’informatique infirmière au Canada afin de réussir à  intégrer des technologies de santé numériques dans la pratique infirmière (Nagle, et al. 2020). Comme nous le conseille Grypma Dr (2017), il ne faut pas se déconnecter de la richesse inhérente à notre passé des soins infirmiers historiquement informés en tant que domaine de potentiel inexploité dans l’enseignement de ces soins. Servons-nous de « l’histoire comme innovation », « de l’histoire comme éducation », de l’histoire comme preuve » du grand chemin déjà parcouru.

Vous félicitant encore une fois pour le travail ardu accompli tous les jours auprès de la population, au nom de la santé des Québécoises et Québécois, nous vous souhaitons une bonne continuité dans cette belle profession.

Sandra Dorsainville, vice-présidente de l’ORIIM

Références

Glasper, E. A. (2020). Celebrating the Contribution of Florence Nightingale to Contemporary Nursing. In (Vol. 43, pp. 233-239): Taylor & Francis.

Grypma Dr, S. (2017). "Historically-informed nursing: The untapped potential of history in nursing education." Quality Advancement in Nursing Education-Avancées en formation infirmière 3(1): 2.

Nagle, L. M., et al. (2020). "Digital health in Canadian schools of nursing Part A: Nurse educators’ perspectives." Quality Advancement in Nursing Education-Avancées en formation infirmière 6(1): 4

Nazon, E. (2020). "Formation Infirmière au Canada: Enquêtes, Réformes et État-providence." Quality Advancement in Nursing Education-Avancées en formation infirmière 6(2): 9

Nelson, S. (2009). "Historical amnesia and its consequences: the need to build histories of practice." Texto & Contexto-Enfermagem 18: 781-787

Toman, C. and M. Stuart (2004). "Emerging scholarship in nursing history." Canadian Bulletin of Medical History 21(2): 223-227

Universities, C. (2021). from http://www.canadian-universities.net/Universities/Programs/Nursing-Prerequisites.html#:~:text=Nursing%20is%20available%20both%20as,except%20Quebec%20and%20Yukon%20Territory

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