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TENDANCES INFIRMIÈRES

TENDANCES INFIRMIÈRES

L'utilisation des contentions physiques et chimiques dans les milieux de soins critiques est un problème répandu particulièrement pour les patients intubés. En effet, dans une étude réalisée auprès de 141 patients intubés hospitalisés sur différentes unités de soins intensifs canadiennes, 97 % des patients avaient des contentions physiques (Luk, E., Burry, L. & Rezaie, S., 2015)

Nos visites en milieu clinique ont révélé une lacune importante au niveau de la surveillance et de la réévaluation de la nécessité des contentions physiques. Un autre problème identifié était la sursédation et le non-respect du niveau de l'échelle de vigilance-agitation de Richmond (RASS) prescrit. Cette pratique vient à l'encontre d’un des six principes du cadre de référence du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) mettant en lumière l’importance d’un niveau de sédation adéquat pour le patient « Lors de l’utilisation de substances chimiques, de la contention ou de l’isolement à titre de mesures de contrôle, il est nécessaire que la mesure appliquée soit celle qui est la moins contraignante pour la personne. » (MSSS, 2015). Dans la littérature, plusieurs effets indésirables ont été identifiés sur le plan physiques et psychologiques tels que  des blessures cutanées, de la douleur, de l’agitation et l’augmentation du risque de délirium (Parenteau, Houle, & Cloutier, 2010) Ce dernier est également relié à la sursédation (Hickin, White & Knopp-Sihota, 2017) En effet, plusieurs textes de types méta-analyse ou revue systématique nous informent sur l’augmentation du délirium chez les patients restreints physiquement, en plus d’augmenter le temps d’hospitalisation et de ventilation mécanique. Une fausse croyance existante auprès du personnel infirmier est l'idée que le risque augmente d’auto-extubation lors du retrait des contentions physiques. Cependant, de 82 à 86 % des patients étaient contentionnés physiquement lors de l’auto-extubation (Luk, E., Burry, L. & Rezaie, S. 2015). De plus, le taux d’extubation augmente de 3,11 fois lorsque les patients sont sous contentions (Chang, Wang & Choa, 2008)

L’objectif de notre projet était de diminuer le temps de contentions physiques et de viser une  utilisation optimale et sécuritaire de celui-ci. Nous avons donc implanté, auprès d’au moins cinq infirmières d’une USI, un outil permettant l’application de meilleure pratique et la modification de leurs perceptions concernant les contentions physiques et l’analgo-sédation chez les patients intubés. Cet outil comportait différents éléments : des mesures préventives, alternatives et de surveillance, un algorithme décisionnel basé sur les lignes directrices ainsi que des données sur la problématique. L'outil s’accompagnait d’une courte séance de sensibilisation comportant des « faits divers ». Pour ce faire, nous nous sommes inspirés de la matrice décisionnelle publiée dans la revue Perspective de l’OIIQ (Parenteau, Houle & Cloutier 2010).

Suite à l’implantation de l’outil, nous avons modifié les perceptions des infirmières de l’unité de façon positive  quant aux méthodes alternatives diminuant le délirium. Le personnel a également changé d’avis concernant le risque d’auto-extubation lors de l’utilisation des contentions physiques. De plus, leurs perceptions face  à la nécessité d’appliquer des mesures de contentions durant toute la période d’intubation ont aussi évolué de façon positive. Finalement, une vidéo montrant un patient intubé circulant sur l'unité des soins intensifs nous a été transmise.

En conclusion, dans l'optique d'apporter une amélioration de l’usage des contentions, nous avons implanté un algorithme décisionnel incluant aussi des faits divers et un aide-mémoire relatif à l’utilisation de méthodes alternatives. Ceci eu comme résultat  de modifier positivement les fausses croyances et les perceptions de certaines infirmières du milieu concernant ce sujet. Ce projet a permis de sensibiliser le personnel aux lignes directrices sur les dernières données probantes, de remettre en question leur pratique infirmière et d'aider le personnel  à la prise des décisions cliniques. 

1re rangée : Yves Dupuis, professeur, Apsara Lim-Gélinas, Louis Therrien
2e rangée : Valérie Le François, Catherine Ménard, Amélie Veillette, Isabelle Cormier
3e rangée : Simon-Pierre Beauvais

Références

Chang, L., K.K. Wang et Y. Chao. « Influence of physical restraint on unplanned extubation of adult intensive care patients: a case-control study », American Journal of Critical Care, vol. 17, no 5, sept.2008, p. 408-416.A

Hickin, S.L., White, S., & Knopp-Sihota, J. (2017). Delirium in the Intensive Care Unit—A Nursing Refresher. Canadian Journal of Critical Care Nursing, 28(2), 19–23

Luk, E., Burry, L. & Rezaie, S. (2015) Critical care nurses’ decisions regarding physical restraints in two Canadian ICUs: A prospective observational study. The Canadian Journal of Critical Care Nursing, 26(4), 16-22

Ministère de la santé et des services sociaux. (2015). Cadre de référence pour l’élaboration des protocoles d’application des mesures de contrôle : contention, isolement et substance chimique. Repéré à http://publications.msss.gouv.qc.ca/msss/fichiers/2014/14-812-01W.pdf

Parenteau, M., Houle, J.,& Cloutier, L. (2010). L’utilisation des contentions en soins critiques: Une réflexion qui s’impose. Perspective infirmière, 7(6), 35-40.

Affiche gestion des contentions chez les patients intubés.pdf

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